FantasIA

Ma copine prof de français m’avait dit qu’elle allait lire Klara and the Sun (dont j’ai parlé là-bas) avec ses étudiants lors du cours qu’elle allait créer sur l’intelligence artificielle dans la littérature. Or finalement, quand elle m’a invitée à aller parler d’IA avec ses étudiants cet hiver, elle m’a prévenue qu’ils allaient lire Fantasia, donc j’ai lu ça pendant mes vacances de Noël.

Fantasia, contes et légendes de l’Intelligence Artificielle, par Laura Sibony, est un bouquin très intéressant et qui m’a aussi bien énervée comme il se doit. Le style était bien français, ironique, pseudo-scientifique, un peu comme Mangez les riches mais heureusement en moins pire, comme si Sibony voulait écrire un roman et séduire ses lecteurs et lectrices par son intelligence et sa brillance au lieu de simplement les informer, comme s’il fallait en rajouter pour les intéresser. J’ai essayé de trouver les mots pour expliquer cet énervement que je ressens, mais comme c’est la deuxième fois et que je n’y arrive toujours pas, j’ai demandé à ChatGPT qui m’a répondu ceci:

Dans ce style de texte français, on évite :

  • les plans annoncés trop clairement,
  • les thèses formulées brutalement,
  • les transitions explicites.

On préfère :

  • la fable,
  • l’exemple narrativisé,
  • l’anecdote symbolique,
  • la montée progressive vers l’idée.

Là où l’anglais dit : This chapter argues that… le français dit : Imaginez une scène… 

Dans beaucoup d’ouvrages français, on sent aussi une logique implicite : si c’est trop simple, c’est suspect. 

D’où :

  • ironie omniprésente,
  • formules ciselées,
  • hyperboles,
  • clins d’œil culturels,
  • effets de style parfois gratuits.

Ce n’est pas un accident : c’est une valeur culturelle. La phrase doit être :

  • spirituelle,
  • élégante,
  • « intelligente » en elle-même.

L’anglais, lui, considère la phrase comme un outil, pas comme une performance.

Il y a aussi un fond idéologique :

  • En français, la clarté frontale est souvent perçue comme :
    • naïve,
    • simplificatrice,
    • voire manipulatrice.
  • En anglais, c’est l’inverse :
    • l’obscurité est suspecte,
    • la clarté est une vertu morale.

Résultat : le style français tourne autour du sujet, là où l’anglais plante le piquet. Une écriture qui privilégie l’effet stylistique au détriment de la lisibilité cognitive et de l’information. Cela vous énerve parce que vous avez l’habitude d’une culture où :

  • on respecte le temps cognitif du lecteur,
  • on sépare le fond de la forme,
  • on structure pour aider, pas pour impressionner.

Merci ChatGPT, c’est effectivement exactement ça que je ressens! Je n’aime pas quand on mélange les chaussettes et les culottes!

Bref, tout ça pour dire que ce bouquin était malgré tout intéressant et probablement une excellente introduction « en douce » à l’intelligence artificielle et ses avantages et ses inconvénients pour un très grand publique français, pas nord-américain, donc. (Peut-être que Engines of Engagement serait un bon équivalent pour les anglophones.) Ce n’était ni très clair ni très scientifique, mais ça donnait une bonne idée des thèmes principaux et des enjeux importants dont on parle quand on dit « intelligence artificielle. »

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