
Ce bouquin relativement long (plus de 12 heures d’écoute) était fascinant. L’histoire est basée sur un fait réel, le Rapport Meadows, écrit au début des années septante par des chercheurs américains et qui prédit la fin des resources naturelles si le monde continue de se développer à la vitesse où il se développait à l’époque. Bien sûr, tout le monde a ignoré le rapport en question, et Abel Quentin a utilisé cette triste histoire pour créer tout un roman autour de ce qui aurait pu se passer.
On rencontre donc quatre jeunes chercheurs à l’université de Berkeley, dans le département de dynamique des systèmes, deux américains (mariés), un français (ignoblement français), et un norvégien (probablement on the spectrum). Ensemble, ils font les analyses de toutes les données possibles sur le plus gros ordinateur du moment, l’IBM 360, et écrivent leur rapport apocalyptique. Sur le moment, tout le monde en parle, et puis pouf, tout le monde l’oublie.
On suit ensuite la vie de ces quatre jeunes gens, qui eux, savent où s’en va le monde (à sa perte) alors que le monde entier autour d’eux ne s’en soucie absolument pas. Les trois premiers sont faciles à trouver, mais le quatrième a disparu et devient un vrai mystère. Jusqu’au jour où, pour les 50 ans du rapport, un journaliste français un peu paumé décide de le retrouver.
Il y a de l’économie, des maths, de la philosophie, de l’histoire, de l’écologie, de la psychologie, quelques remarques bien placées sur les Américains, les Français, les Mormons, les environmentalistes, les journalistes, les anthroposophes (ça m’a fait bien rire de retrouver Rudolph Steiner là-dedans!), beaucoup de réalisme, de cynisme et d’ironie [et de désillusions générationnelles, de rêves avortés, de fin du monde annoncée mais repoussée faute de budget, d’intellectuels fatigués, de collapsologues en goguette, de jeunesse désabusée, de vieux hippies recyclés en survivalistes, et de données qu’on modélise jusqu’à l’absurde… et malgré tout, un humour acide qui empêche de sombrer tout à fait.] (La partie entre parenthèses carrées a été écrite par ChatGPT 4o et m’a fait rire parce que c’est un peu ça mais quand même n’importe quoi!)
Bref, ce n’est pas un bouquin facile à lire, mais c’est bien écrit et extrêmement intéressant, parfois très beau, même, très touchant, parfois un peu trop stéréotypé, avec du suspens jusqu’au bout, et très bien recherché. C’est un bouquin qui fait réfléchir sur notre place dans le monde, un bouquin qui se moque un peu des intellos et des universitaires (les descriptions de Berkeley dans les années septante sont sublimes!), de l’homme moderne, de la jeunesse, de la fin du monde, du rôle des médias, de nos rêves et ce qu’on en fait finalement, de notre aveuglement (volontaire ou involontaire?) face à la réalité qu’on refuse de voir, ou face à une réalité qu’on ne peut même pas imaginer. Ce n’est pas un bouquin moralisateur mais plutôt qui démontre un peu combien on peut se retrouver seul.e quand on essaye de nager à contre courant, et combien le monde est fou.
Thank you for this review which makes me feel like reading the book. Now, I don’t know which sentence fragment is the funniest. I dither between « un français (ignoblement français) » which sounds unusual given that the writer is French » and « de fin du monde annoncée mais repoussée faute de budget » which is truly brilliant.
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Haha, I know, I found the story of the French guy quite stereotypical and funny, coming from a French author 🙂 And ChatGPT can be funny, too, obviously!
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Je me le note aussi, ça a l’air intéressant. Merci 🙂
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