A Woman Is No Man

Un jour, ma mère et moi étions dans la voiture, je ne sais plus ni pourquoi, ni quand, ni avec qui d’autre, et, comme souvent, elle racontait n’importe quoi. À un moment, elle m’a dit : « Tu sais, tu as dû faire des choses atroces dans ta vie précédente pour avoir une vie si difficile cette fois-ci ! » Merci, maman, de me dire que non seulement j’avais été une personne horrible, mais qu’en plus je méritais de souffrir autant aujourd’hui !

C’est un peu le thème de ce bouquin : qu’on mérite la vie qu’on a, qu’on a un destin tout tracé à l’avance, qu’on n’a aucun choix, et c’est une croyance horriblement triste. C’est vrai qu’on n’a aucun choix en ce qui concerne notre naissance : le lieu, les parents, la famille, le siècle, la santé, l’argent, l’éducation, tout ça. Et une très grande partie de notre vie vient de ce qu’on a vécu, entendu, fait, appris, et vu pendant notre enfance. Mais je crois qu’être adulte signifie qu’on peut essayer de prendre sa vie en main, de ne plus réagir à ce que la vie nous impose, mais d’essayer de créer un peu la vie qu’on aimerait avoir. Enfin, quand c’est possible — ce qui n’est définitivement pas toujours le cas, j’en suis bien consciente, et ce bouquin le démontre tristement aussi.

Bref, ce bouquin raconte l’histoire d’une famille sur trois générations de femmes palestiniennes qui vivent aux États-Unis : Isra, une jeune fille mariée à 17 ans à Adam ; Fareeda, la mère d’Adam (et trois autres plus jeunes enfants) et belle-mère d’Isra ; et Deya, l’aînée des quatre filles d’Isra. Ces trois générations vivent ensemble avec leurs familles et essayent du mieux qu’elles peuvent de trouver un équilibre entre la vie traditionnelle des femmes musulmanes — avec tout ce que cela peut signifier — et la vie « libre » américaine autour d’elles.

Pendant longtemps, la passivité d’Isra m’a énervée, mais finalement, c’est grâce à elle que j’ai un peu mieux compris ce que signifient les mots traumatisme intergénérationnel. Dans ses mots, j’ai souvent retrouvé ma mère qui nous répétait, après nous avoir tapé dessus, qu’elle était désolée, que son père lui avait aussi tapé dessus, et que donc c’était normal qu’elle le fasse aussi.

Évidemment, pour Isra, essayer de briser ce cycle de violence et de déprime n’a pas eu de conséquences positives pour elle, hélas. Mais des années plus tard, Deya, sa fille, a heureusement pu en bénéficier, une fois qu’elle aura enfin résolu le mystère de la mort de ses parents.

Cette histoire est difficile à lire (ou écouter, dans mon cas), mais la fin est remplie d’espoir. Si quelqu’un veut lire ce bouquin (recommandé par ma frangine allemande), je vous conseille de faire particulièrement attention à tous les détails des passages qui parlent du pique-nique d’Isra avec ses filles et son mari.

C’est un livre magnifique !

16 commentaires sur “A Woman Is No Man

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  1. I have just found out your new banner. I agree with its slogan and I love the candle. I often feel like reading all the books you speak about. Unfortunately, I hardly ever do it.

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    1. Thank you, I am glad you like the candle 🙂 The quote was there before but it was really difficult to see it against a lighter background. There are so many great books to read, it’s hard to decide what to read and it’s impossible to read everything! Sadly.

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  2. Oh.. j’ai lu ce livre en Français (« Le silence d’Isra ») et j’avais beaucoup aimé. J’avais reçu le livre via une « box » : on liste ses goûts, auteurs et titres préférés et des libraires indépendants choisissent un livre pour nous. Cela m’a permis de lire des titres (3 pour moi )que je n’aurais pas choisis au départ, même si j’adore aussi traîner en librairie (et aussi sur les blogs 🙂) pour l’inspiration. En essayant de privilégier la médiathèque, l’achat d’occasion et parfois les boîtes à lire. En tout cas c’était une belle lecture. J’ai passé le livre à ma belle sœur qui m’a dit avoir aimé aussi.

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  3. Les mères, même celles qui ont tout leur tête (je ne sais pas à quelle époque ta mère t’avait dit cela) on parfois avec leur.s fille.s des phrases étonnement méchantes…
    La lecture de ton post me fait réfléchir : en partant en Espagne quand j’avais 22 ans, j’ai clairement voulu prendre un chemin qui soit uniquement le mien où en étant loin de « ma destiné » je pouvais être celle que je voulais être…
    Bisous

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    1. Oui, le mères ne font pas toujours très attention à ce qu’elles disent 😉 Je te conseille ce bouquin qui m’a aussi fait réfléchir à mes « jeunes années » et les décisions que j’ai prises dans ma vie.

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  4. Je viens de finir de le lire ! Je suis tombée dessus (en fait sur un autre bouquin de la même autrice, et du coup je me suis souvenue que tu avais parlé ici de son premier livre, je l’ai cherché et trouvé dans les rayons – bref !). Je l’ai mis dans ma valise. Il m’a tenue tous les soirs. C’est terriblement bien écrit. L’histoire, les sentiments, les émotions, les dilemmes, l’emprisonnement dans la tradition, le cercle vicieux d’une vie à l’autre… Ça m’a toute chamboulée.
    Je pensais lire un roman proche des Les Vierges du Paradis, de Barbara Wood, que j’avais beaucoup aimé il y a quelques années. Mais celui-ci est beaucoup plus fort, limite dérangeant parfois.
    Merci pour l’idée de lecture.
    Son second livre est : https://www.babelio.com/livres/Rum-Mauvais-Oeil/1753661
    Je le prendrai la prochaine fois à la bibli.

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