
J’ai lu ce bouquin il y a très longtemps, 15, 20 ans peut-être, et il m’a énormément choquée.
La raison pour laquelle je vous en parle aujourd’hui, c’est parce que quelque chose d’absolument ubuesque m’est arrivé vendredi dernier et je dois le raconter quelque part. J’espère que vous lirez mon histoire jusqu’à la fin, même si c’est long.
Je fais partie d’une association qui offre des ateliers et présentations sur divers sujets à (potentiellement) des milliers de gens d’universités militaires au Canada et aux Etats Unis. Je devais faire une présentation ce vendredi, et j’avais choisi de parler de la fameuse « dissertation » que les étudiants en littérature doivent écrire et qui est en train de disparaître à cause de ChatGPT et autres outils d’IA générative.
Pour illustrer mes propos, j’ai choisi trois bouquins (que je vous recommande vivement de lire):
- The Things They Carried, de Tim O’Brien, parce que c’était le premier bouquin sur la guerre (du Vietnam) que j’ai lu
- The Stone Frigate, de Kate Armstrong, qui raconte comment elle a été l’une des premières femmes à avoir pu étudier dans mon université, parce que c’était le premier bouquin sur ma nouvelle université que j’ai lu
- The Handmaid’s Tale, parce que c’était le premier bouquin d’une auteure canadienne que j’ai lu (à part Anne et la maison aux pignons verts de Lucy Maud Montgomery bien sûr).
Pendant ma présentation de 90 minutes, j’ai parlé de nombreuses possibilités de travaux inhabituels que les étudiants pourraient écrire, de nombreux outils d’IA générative qu’ils pourraient utiliser pour trouver des informations nouvelles et dans des formats nouveaux, et de nombreuses façons créatives d’approcher les vieilles théories d’analyse littéraire de notre jeunesse (beurk!), le tout illustré par des exemples concrets venant des trois bouquins ci-dessus. Nonante-huit personnes ont assisté à ma présentation, et j’ai eu beaucoup de questions intéressantes, donc moi, j’étais ravie! Sauf que…
Toutes nos présentations ont toujours été enregistrés, et les vidéos et diapositives de nos présentations postées sur le site public de l’association. Mais vendredi dernier, plusieurs choses inhabituelles sont arrivées:
- La directrice de l’association m’a dit qu’elle avait trop peur de poster ma présentation sur le site public parce que j’avais utilisé des livres, des mots, et des théories censurées par le gouvernement américain;
- Elle a bien voulu poster mes diapositives mais a écrit un « avertissement » qui expliquait que j’étais la seule à penser et dire et lire tout ça et que ma présentation ne représentait en rien l’opinion de l’association;
- Elle a reçu des emails de plaintes contre le sujet de la présentation qui allait à l’encontre de la politique américaine actuelle;
- Plusieurs personnes ont écrit pour dire qu’elles étaient désolées d’avoir arrêté d’assister à ma présentation en plein milieu parce qu’elles avaient trop peur d’être vues dans ce groupe en train de parler de ces sujets;
- Au moins 30% des personnes qui ont assisté à toute ma présentation l’ont fait depuis des comptes personnels (alors qu’auparavant, chacun se connectait sur Teams depuis son compte professionnel) et en utilisant leurs initiales ou des pseudonymes au lieu de leurs vrais noms, ce qui n’était pratiquement jamais arrivé auparavant!
Egoïstement, je n’avais même pas pensé à cette nouvelle politique américaine qui censure absolument tout maintenant, et j’ai mis beaucoup de mes ami.es et collègues dans l’embarras et je leur ai fait prendre un risque terrible! Je n’arrive pas à arrêter d’y penser et je me demande ce que je pourrais bien faire pour essayer d’endiguer cette vague nauséabonde qui déferle sur l’Amérique du Nord depuis maintenant plusieurs semaines.
Waste no more time arguing about what a good man should be. Be one.
– Marcus Aurelius
La vague nauséabonde ne se contente pas de déferler sur l’Amérique du Nord. Chaque jour, le gouvernement américain actuel s’en prend à l’Europe par exemple. Pour la santé du pape François, on a demandé aux fidèles de prier. Peut-être est-ce une piste à explorer.
[ I’m kidding, don’t forget Big Brother is watching us. ]
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Oui, j’imagine que le monde entier est en train de pâtir de cette vague immonde (le Canada, la Chine, et le Mexique viennent de se faire mettre 25% de tariffs), mais personne ne souffre autant que les Américains eux-mêmes, et ce qui se passe là-bas est extrêmement triste. Tous les organismes de soutien (personnes âgées, handicapées, en difficultés financières, etc.), toutes les assurances, toute la recherche (médecine, etc.) sont en train de fermer boutique, c’est une tragédie humaine d’une échelle si large que c’est impossible à imaginer.
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Après avoir lu ton texte, il m’a fallu penser au contexte dans lequel la présentation a été faite : une association d’universités militaires, donc hautement contrôlées par les gouvernements. La première idée qui m’était venue à te lire est que justement il est de notre devoir en tant que professionnels du milieu académique de résister aux tentatives de censure et donc de parler haut et fort plutôt que de plier l’échine. Les gens qui participaient n’ont pas nécessairement toute la liberté académique nécessaire… Bonne chance dans ta navigation des écueils de la censure.
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Oui mais depuis le Canada, je ne suis pas en danger, donc je ne vais pas mettre mes collègues en danger, parce que elles et eux vont se faire virer manu militari (littéralement)! Quant à mes collègues américain.es, je peux te dire que protester veut dire un renvoi immédiat, donc ça ne sert finalement pas à grand chose. Il faut protester d’une façon qui serve à quelque chose et qui ne mette pas des gens innocents en danger,
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Ce qui est affolant, c’est de voir que tous le monde se plie à cet ordre. Je suis sidérée de voir que personne ne se rebiffe, comme si tous le monde était anesthésié. C’est absolument terrifiant.
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Cette petite expérience avec mes collègues m’a fait me rendre compte que c’est facile de critiquer de l’extérieur. On n’a aucune idée de la tragédie qui est en train de détruire entièrement un pays. Des milliers de gens n’ont pas le choix que de « se plier à cet ordre » s’ils veulent garder leur travail, leur réputation, une école pour leurs enfants, leur assurance, etc.
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Effrayant! Que vaudra à l’avenir l’enseignement dans ces universités nord américaine sans liberté académique?
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Pour l’instant le Canada tient bon. Aux US, c’est la catastrophe partout, pas seulement les universités, hélas.
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Et bien, je crois qu’il y a des gens qui veulent expérimenter la dictature. Espérons que nous n’en arriverons pas au genre de situation décrite par ce livre.
Quel dommage que ce gars ait si mal visé et n’ait touché qu’une oreille…
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Je suis entièrement d’accord avec toi…
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Vous ne devez pas oublier l’équipe dont il s’est entouré, elle n’est pas mal non plus, mortecouille.
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Ah ça, c’est le moins qu’on puisse dire! En bon français de ma mère, je dirais qu’elle est gratinée!
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Malheureusement, à présent on comprend comment l’horreur a pu proliférer en Allemagne au siècle dernier, on le vit en direct. Et ceux qui attendent les prochaines élections pour changer tout ça vont attendre longtemps.
Je me demandais si tout ce qu’on entendait en Europe était amplifié ou véridique. A te lire, c’est même minimisé. Une horreur. Et savoir que deux grand Cons (et d’autres aussi, on est d’accord) s’en mettent absolument plein les poches…
Je vais retourner faire des câlins à mes trois sauvages pour me changer les idées.
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J’ai écouté une présentation super intéressante jeudi soir dernier, à propos du fait que la 3ème guerre mondiale avait commencé avec le Brexit puis la première élection du gorille orange, et qu’on est en guerre en ce moment-même. La présentatrice a expliqué qu’on ne s’entre-tue plus avec des fusils et des tanks de nos jours, mais avec la technologie (désinformation, etc.). J’ai tendance à la croire.
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J’avais lu aussi que la 3e guerre mondiale avait déjà débuté. Quelle tristesse 😢
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Ca fait très peur!
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Je n’ai jamais lu ce livre, par contre j’ai suivi la série de Bruce Miller avec Elisabeth Moss… très dérangeante certes, mais certainement pas autant que les jeunes femmes que j’ai pu entendre utiliser dans la rue (comme un signe de reconnaissance) les formules de salutations entre les castes dominants et dominés… Elles ne savent pas la chance qu’elles ont de vivre dans un pays à peu près libre, même s’il n’est pas parfait, contrairement à d’autres de plus en plus muselées un peu partout dans le monde. 😦
Arte vient de ressortir le film de 1990 signé Volker Schlöndorff => https://www.youtube.com/watch?v=to_rn08xvcQ, que j’ai moins aimé tellement (dans ma tête) Elisabeths Moss est bluffante dans ce rôle.
La 6ème saison arrive chez nous, mais j’avais trouvé la 5ème ennuyeuse, peut-être parce que trop de temps s’était écoulé entre la 4 et la 5, alors je crains le pire pour la 6 ! 😉
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Seule la première saison de la série est basée sur le livre. Le reste est de l’invention. Je suis curieuse de savoir ce que tu veux dire à propos des salutations utilisées par les jeunes femmes. Je suis au Canada donc je n’ai aucune idée de ce qui s’utilise en France (ou ailleurs d’ailleurs) ces jours-ci, et la linguiste que je suis est curieuse 🙂
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Merci pour cette précision que j’ignorais… alors la mort du commandant dans le premier film peut-être plausible ?
Elles utilisaient les dialogues convenus de la série en français, entre les servantes et leur instructrice et la caste dominante, j’ai oublié les formulations précises…
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Ah ok, c’est un peu typique des jeunes d’utiliser des tournures trouvées dans les séries, j’espère que ça leur a passé, en effet! Comme je l’explique dans ce post, ça fait au minimum 15-20 ans que j’ai lu ce bouquin, donc je ne me souviens vraiment plus des détails, désolée 🙂 Mais tu devrais le lire, il est vraiment excellent.
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Merci pour le conseil… si je le trouve dans une boîte à livres ! 😉
Je m’interroge aussi sur l’impact psychique que le tournage de la série aura laissé sur les actrices, et principalement E. Moss ?
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Oui, c’est une question intéressante en effet. Je pense que les gens qui acceptent de jouer ce genre de rôle ont déjà une opinion bien tranchée sur le sujet et des connaissances approfondies de ce genre de problème. Enfin, j’espère 🙂
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… moi aussi ! ♥
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