Address Unknown [fr]

Ce bouquin, de Katherine Kressmann Tylor, est en réalité une petite nouvelle (juste une heure d’écoute au total, Inconnu à cette address en français), accompagnée d’une introduction intéressante et d’un postface fascinant rédigé par le fils de l’auteure.

Cette nouvelle est racontée à travers un échange de lettres entre 1932 et 1933 entre Martin, un homme d’affaires allemand qui a vécu de nombreuses années aux États-Unis avant de décider de retourner en Allemagne, et son cher ami  Max, un juif d’origine allemande vivant à San Francisco et qui travaille dans la galerie d’art qu’ils ont fondée ensemble.

Ce qui rend cette histoire remarquable, c’est qu’elle a été publiée en 1938!! Il ne s’agit donc pas d’une auteure contemporaine recréant le passé, mais bien d’une auteure ayant vécu à une période historique extrêmement marquante et ayant écrit ce récit à ce moment-là même!

Dans leurs échanges de lettres, les choses tournent petit-à-petit au vinaigre entre les deux amis, une fois que Martin est rentré en Allemagne, juste au moment où Hitler arrive au pouvoir. La fin est excellente et la lettre finale très particulièrement cruelle.

Kressmann Tylor capture en quelques lettres l’histoire abominable de l’époque et démontre que bien avant la Seconde guerre mondiale, des gens (aux US par exemple) savaient déjà qu’il se passait des atrocités en Allemagne et ne faisaient rien pour essayer d’arrêter le massacre. Elle montre aussi la facilité qu’ont les êtres humains à se laisser convaincre de commettre les pires crimes contre d’autres êtres humains. Et ce qui est absolument effarant dans cette histoire, c’est que le langage de l’époque est parfaitement identique au langage de l’extrême droite d’aujourd’hui, que ce soit au Canada, aux US, ou en Europe. Et ça, elle ne pouvait pas le savoir! Et nous, on se dit qu’on est modernes, qu’on ne fera plus les mêmes erreurs, qu’on est éduqués et raisonnables, qu’on sera capable d’endiguer ce genre d’atrocités avant que ça nous tombe dessus, mais visiblement pas!

Cette nouvelle a eu énormément de succès aux US et en Angleterre quand elle a été publiée en 1938 (mais personne n’a levé le petit doigt, comme s’il s’était agit d’un roman dystopique ou de science fiction, pour l’époque). En 1995, elle a enfin été traduite (en 20 langues) pour célébrer le 50e anniversaire de la libération des camps de concentration, et elle a eu énormément de succès en Europe.

C’est très court, très rapide, mais ça fait très très froid dans le dos!

8 commentaires sur “Address Unknown [fr]

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  1. Thank you for this new review. Unfortunately, many societies carry on being poisoned by extremism all over the world and your summary makes me feel like reading this novel, especially if « la fin est excellente et la lettre finale très particulièrement cruelle » 🙂

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  2. Il paraît que l’une des raisons pour lesquelles personne ne réagit actuellement est (paraoxalement?) que tout le monde se dit: mais non, on ne va pas recommencer de la même manière, on a bien vu où ça nous a déjà menés!

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    1. De toutes les manières, l’histoire se répète ad nauseam, c’est bien connu, on a du des tones d’exemples de ce qu’il ne faut pas faire, dans l’histoire, mais on continue!

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  3. A recent example of lack of reaction: FIFA obeyed the famous Orange D♠nald.. When the Somali referee Omar Artan was denied entry into the United States, FIFA agreed with it although this referee held a visa to enter that country.

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    1. FIFA, even more so than the Olympic International Committee although they are not far behind, is an absolutely awful organization that is run only by money and for money. So nothing surprises me anymore!

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