
Ce petit livre écrit par le Québécois Simon Paré-Poupart était très rapide à lire (deux heures) et très intéressant. Paré-Poupart, un gringalet plutôt studieux, a décidé de travailler comme « vidangeur » (ou, en français de France, éboueur) parce que son beau-père le critiquait trop souvent, et il est tombé amoureux de la job (ou, en français de France, du job). Dans ce petit bouquin, il raconte pourquoi il aime tant ce travail extrêmement difficile physiquement et psychologiquement, il parle de la vie souvent tragique de ses collègues et amis et de ses employeurs divers et variés, il explique comment le travail a évolué au cours des décennies à Montréal et ailleurs (le petit passage sur la Camorra, la mafia de Naples, était très instructif!), il compare la façon de travailler dans ce domaine au Québec et en France, et il parle avec passion et rage des montagnes de neige en hiver et des étés suffocants auxquels il doit survivre.
Ce que j’ai trouvé particulièrement enrichissant, ce n’est pas seulement les discussions de Paré-Poupart sur la façon dont « les gens » traitent les éboueurs ou les ignorent tout simplement, mais celles sur ses difficultés avec les différentes sortes de déchets, les différents bacs à déchets (compostage, recyclage, etc.), et la façon dont « les gens » s’en fichent complètement de la façon dont ils sortent leurs poubelles avant le ramassage. Il nous explique avec beaucoup d’humour comment certains éboueurs font payer aux usagers leur négligence ou paresse, comment « les riches » veulent qu’on s’occupe de leurs déchets, et comment certaines personnes leur donnent des pourboires ou sont si sympathiques avec ces éboueurs qu’ils les aident comme ils peuvent, même si seulement pendant quelques minutes par-ci par-là.
Paré-Poupart a fait des études universitaires avancées et est très critique de la société de consommation dans laquelle on vit et aussi la gestion marchande des déchets. Lui-même se dit chiffonnier, glaneur, ferrailleur et récupérateur, à ses heures creuses, et il fait tout pour ne pas participer au gâchis dans lequel la société moderne se complait. Il parle de « freeganisme, » une façon de vivre des rejets de la société (recycler, récupérer, ne pas acheter du nouveau quand on peut trouver du seconde-main, etc.). Il n’utilise pas le mot upcycling (recyclage qui a pour but de donner une seconde vie à des matières ou à des objets destinés à être jetés en les transformant en des produits à valeur ajoutée, esthétiques et/ou utiles et souvent détournés de leur utilisation première) ni « économie circulaire » (préserver et récupérer le plus de valeur possible des ressources en repensant la conception, réparant, reconditionnant, convertissant, etc.), mais je pense que ces principes font aussi partie de cette idée de freeganisme.
Bref, c’est un bouquin qu’il faut absolument lire (même si les expressions québecoises peuvent surprendre, comme « cave » pour con, « poqué » pour abimé, cabossé, meurtri, et « crisser son camp » pour partir) et qu’on reste sur notre faim parce qu’il ne parle pratiquement pas de sa vie en dehors de ce travail. Il termine avec ces mots de Prévert:
Je vous salue ma rue pleine de grâce
l’éboueur est avec nous.
Ah, ça donne envie (pour la langue et le reste).
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