
Benjamin Quaderer est un auteur du Liechtenstein (qui n’est pas au même endroit que le Luxembourg), et dans ce bouquin, il s’inspire librement de faits réels et d’une personne réelle et crée une sorte de journal intime fictif, entrecoupé de documents, littérature et citations réelles. C’était difficile de savoir ce qui était vrai ou ne l’était pas, mais c’était bien fait.
L’histoire réelle est qu’Heinrich Kieber, ancien employé d’une banque du Liechtenstein appartenant au Prince du Liechtenstein, a, en 2008, divulgué des documents fiscaux qu’il avait volé à cette banque et qui contenaient des informations secretes sur les magouilles de centaines de personnes (principalement d’Allemagne et des États-Unis mais d’ailleurs aussi) pour éviter de payer des impôts sur leurs grosses fortunes. Vous pouvez même lire l’article de Radio Canada en français ou celui du New York Times en anglais qui ont été écrits là-dessus à l’époque.
Ce bouquin, donc, est écrit comme si Kieber, qui s’appelle Johann Kaiser dans le livre, racontait sa vie et comment il avait été conduit à voler ces documents et à les partager avec l’Allemagne et les États-Unis. Il parle d’abord de son enfance, sa famille, l’orphelinat dans lequel il a été placé à six ans, et puis les petites magouilles dans lesquelles il a commencé à tremper, ses amis, ses voyages, ses manipulations, ses petits boulots… le tout en expliquant qu’il habite maintenant dans un lieu secret qu’on devine être financé soit par le gouvernement allemand, soit par le gouvernement américain, parce qu’il a très peur que le gouvernement du Liechtenstein n’essaye de le retrouver pour l’occire.
Je dois avouer que l’humour, le suspense et le style de narration très créatif rendent ce roman parfois très sympa à lire, parfois un peu frustrant. Et même si le début est assez lent et raconte mille détails à propos de l’enfance de ce Johann Kaiser, les choses deviennent plus intrigantes vers le milieu du roman et la fin est passionnante.
Ce qui est aussi intéressant c’est que dans ce pseudo-journal, Kaiser explique de façon très éloquente et convaincante pourquoi il a partagé ces documents avec le monde, et on finit par être soi-même dégoûté par la façon de faire du gouvernement du Liechtenstein (qui, je l’ai appris en passant, semble sacrément pourri). De plus, le vrai Heinrich Kieber semble avoir entièrement disparu de la circulation, et assez peu d’information sur lui traînent sur le web.
Bref, mon sang de Suissesse n’a fait qu’un tour en lisant cette horrible histoire de trahison du secret bancaire, mais je déteste aussi profondément les riches qui planquent leur fric dans les paradis fiscaux, donc en même temps j’aime bien ce genre d’histoire à la Robin Hood et j’applaudis Kieber d’une main (mais pas des deux, faut pas charrier) (même si par ailleurs il semble être un gars assez peu fréquentable).
Bref, un bon bouquin!
PS. Mardi, un très fidèle lecteur et très précieux ami est décédé et j’en suis profondément triste. Que la vie est injuste!
Moi aussi, je suis triste. Il va nous manquer, ça, c’est certain.
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