
Je suis tombée sur ce petit bijou, écrit par une auteure du Koweit, Bothayna Al-Essa, en cherchant un bouquin d’ailleurs, quelque chose de très différent mais contemporain. Et je n’ai pas été déçue!
L’histoire se passe dans une société étrange où l’imagination et les « interprétations » sont bannies, et notre héros (ou anti-héros?) est « censeur de livres. » Il doit bannir tous les livres où l’on trouve des métaphores, où plusieurs interprétations ou discussions sont possibles, où il y a des animaux qui parlent, où des mots peuvent avoir plusieurs significations, et bien sûr tous ceux qui ne soutiennent pas le gouvernement. Au début, tout va bien, mais un jour, il tombe sur Zorba le Grec (écrit par Nikos Kazantzakis) et se rend tout à coup compte que dans les mots, il peut y avoir de la poésie, que dans les livres, y peut y avoir de la beauté et de la joie, et que dans la vie, tout n’est pas lisse. A partir de ce moment-là, le censeur de livres n’arrive plus à dormir et il commence à percevoir le monde autour de lui différemment–tout en sachant très bien que c’est dangereux.
En même temps, il a une petite fille qui montre des signes graves d’imagination et, vers la fin du livre, il se rend compte que même si sa petite fille n’a jamais lu ces livres pour enfants qui ont été bannis (Pinocchio, Boucle d’Or et les trois ours, etc.), beaucoup de ces histoires sont dans l’âme collective des enfants. J’ai toujours aimé l’idée de cet « inconscient collectif » de Jung.
L’auteure pioche aussi largement dans deux livres très différents mais qu’elle utilise d’une façon fascinante et très créative: 1984, de George Orwell, et Alice au Pays des merveilles, de Lewis Carroll. Entre les lapins et Big Brother, le charpentier secrétaire et la libraire mystérieuse, le labyrinthe et la librairie extraordinaire du patron, le Jour de la purification et la grand-mère dans le ventre du loup, tout devient bien confus pour notre censeur, et il ne sait bientôt plus ni à qui il peut faire confiance ni s’il n’est pas en train de perdre la tête.
J’ai adoré ce livre dès la toute première phrase et jusqu’à la fin. Je ne suis pas encore sûre de savoir si la fin était triste ou heureuse, mais je l’aime parce qu’elle ressemble à ce que je pense de la vie. Le thème de la société totalitaire du futur n’est pas nouveau, et ce livre m’a rappelé Fahrenheit 541 qui parle aussi de livres interdits, La servante écarlate de Margaret Atwood, Shades of Grey, de Jasper Fforde, et bien d’autres. Mais avec son roman dystopique, Al-Essa a écrit une très belle lettre d’amour aux livres bannis, à l’importance de la lecture, à l’imagination, au plaisir de lire, à la créativité, et à l’esprit humain.
Ca m’a rappelé ce superbe TED Talk offert récemment par Ann Pachett, ardente défenceuse des livres et de la lecture, et qui se bat dents et ongles contre la censure de milliers de livres partout dans le monde. Je vous conseille de regarder ça 🙂
Merci pour vos commentaires que j'adore!